Suisse Protection civile
La Suisse aide l'Europe à éteindre les incendies, mais reste dehors
Trois Super Puma de l'armée opèrent en Corse. L'adhésion au mécanisme européen de protection civile est en attente depuis trois ans, et sans elle une aide réciproque n'est pas garantie.
Durant le seul mois de juillet, les incendies en France et en Espagne ont parcouru plus de 220'000 hectares. C'est une surface dix fois plus étendue que le lac de Neuchâtel, la plus grande étendue d'eau entièrement suisse.
«Ce à quoi nous assistons aujourd'hui en Europe marque le début d'une nouvelle ère, caractérisée par les incendies de forêt et les événements météorologiques extrêmes», affirme Christine Eriksen, chercheuse senior au Center for Security Studies de l'École polytechnique fédérale de Zurich. Ses travaux portent sur les feux de végétation et la résilience des sociétés.
La Suisse participe activement à cet effort. Trois hélicoptères Super Puma de l'armée opèrent actuellement en Corse, avec sept heures de vol par jour et plus de vingt largages d'eau chacun. Le chef de détachement David Sochor explique que l'unité peut intervenir sur des foyers qui se rallument, protégeant ainsi rapidement les personnes, les infrastructures et l'environnement.
Ce n'est pas la première fois. Des hélicoptères et des unités spécialisées suisses sont intervenus en Grèce en 2021 et en 2023, et en Italie, au Portugal et au Monténégro en 2017. Cette année, une unité suisse de lutte contre le feu a été engagée pour la première fois dans la région de la Gironde.
Le mécanisme auquel la Suisse n'appartient pas
L'Union européenne a institué en 2001 un système unifié de protection civile, qui permet aux États membres de s'entraider en cas de catastrophe. Dix pays supplémentaires y participent, dont la Norvège et l'Islande, membres de l'Espace économique européen, et des pays candidats comme l'Albanie, la Serbie et la Turquie.
La Suisse occupe une position marginale. En 2023, le Parlement a demandé au Conseil fédéral de préparer l'adhésion au mécanisme. Les travaux sont en cours, mais le pays reste en attente, car la réglementation européenne n'avait pas été conçue pour des États tiers. Le Parlement européen pourrait la modifier d'ici 2027.
Un précédent montre ce que le mécanisme permet. Durant la catastrophe de l'incendie de Crans-Montana, la Suisse l'a activé, et plusieurs États de l'Union ont rapidement mis à disposition des moyens de transport spécialisés et des lits, y compris les soins pour grands brûlés à l'hôpital Niguarda de Milan.
«L'urgence de Crans-Montana a démontré que lorsque nous avons besoin de moyens spécialisés, comme les avions ambulances, nous en avons trop peu», observe Roland Bollin, responsable des affaires internationales à l'Office fédéral de la protection de la population.
La réserve stratégique de l'Union comprend 22 appareils de lutte contre le feu et de secours ainsi que cinq hélicoptères, douze autres avions étant commandés avec des livraisons en retard. Actuellement, sept avions bombardiers d'eau et quatre hélicoptères, provenant de sept pays, combattent les incendies en France.
Pour Bollin, l'achat d'une flotte suisse n'est pas indiqué aujourd'hui. Cette conclusion découle d'une analyse d'experts de 2022, demandée par un postulat parlementaire de 2019. Le rapport reconnaissait que la hausse des températures et les périodes prolongées de sécheresse rendent plus probables des incendies de végétation plus fréquents et plus intenses en Suisse, mais recommandait plutôt de clarifier l'accès aux ressources internationales.
Tant que l'adhésion ne se concrétise pas, la réponse européenne à une éventuelle demande suisse demeure incertaine. Le problème se pose surtout entre août et septembre, lorsque les moyens méditerranéens sont déjà tous engagés. Un responsable européen a résumé le critère appliqué en cas de demandes concurrentes: c'est là où l'intervention est la plus efficace que l'on décide. Eriksen et Bollin estiment tous deux que, devant choisir, l'Union donnerait la priorité à un État partenaire.
L'adhésion aurait un coût. Les pays adhérents versent des contributions proportionnelles, et pour la Suisse il s'agirait aujourd'hui d'environ 11 millions de francs par an, les aides étant couvertes sous déduction d'une franchise comprise entre 10 et 25 pour cent.
Le gain ne serait pas seulement opérationnel. Une étude de 2021, commandée par l'Office fédéral de la protection de la population à Eriksen elle-même, citait parmi les avantages l'accès à un pool de ressources, des compétences spécialisées, des formations et de l'expérience de terrain. «Les pompiers romands envoyés à Bordeaux ne se bornent pas à prêter assistance: en même temps, ils accumulent des expériences précieuses», observe la chercheuse.
La Suisse aurait quelque chose à offrir en retour. Bollin cite les compétences nationales dans la gestion d'événements nucléaires, biologiques et chimiques et dans la protection des infrastructures critiques, ainsi que la force du pays dans le domaine de la prévention. Un fonctionnaire européen rappelait en début de semaine que sans investissements accrus dans la prévention, la capacité de réaction fera défaut même en disposant de cent fois plus d'avions.
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