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Culture Art contemporain

Nicolas Party, des trains de Lausanne au pastel sur les murs des musées

L'artiste suisse a abandonné la peinture à l'huile après avoir vu un pastel de Picasso à la Fondation Beyeler. Cette année, ses œuvres sont exposées sur trois continents.

par Redazione 11 août 2026 3 min de lecture

Les tableaux de Nicolas Party se reconnaissent de loin: couleurs vives, formes simplifiées, compositions ayant la netteté d'un signe graphique. L'artiste suisse est aussi connu pour la manière dont il occupe les espaces d'exposition, les recouvrant de peintures murales qui transforment l'architecture en œuvre temporaire. Cette année, son travail est passé par de grandes expositions sur trois continents.

Derrière cette immédiateté visuelle se tient un rapport insistant à l'histoire de l'art. On trouve dans ses œuvres des références qui vont de Rembrandt à Picasso et traversent le symbolisme comme le surréalisme.

Le tournant technique est venu d'une rencontre fortuite. Durant ses études à l'ECAL de Lausanne puis pendant les six années passées à Glasgow, Party peignait surtout à l'huile, mais la méthode le bloquait: superpositions, temps de séchage, révisions continuelles. Il produisait trois tableaux par an parce qu'il ne cessait de les retravailler, et il a raconté aimer les tableaux achevés, mais pas le processus qui les produisait. En parallèle, il réalisait des peintures murales sur invitation des galeries, à la bombe et au fusain: des œuvres éphémères, physiques, immédiates.

À la Fondation Beyeler de Bâle, il s'est trouvé devant Tête de femme de Picasso, un portrait au pastel de 1921. Le lendemain, il achetait des pastels, du papier et une carte postale de cette œuvre. Le pastel ne se corrige pas: il oblige à décider tout de suite. Party a expliqué que cette limite l'avait paradoxalement rendu plus libre et bien plus productif, et que produire davantage signifie échouer et réussir plus souvent, donc apprendre plus vite.

La répétition comme méthode

Les genres qu'il pratique sont les plus conventionnels de la peinture occidentale: portrait, paysage, nature morte. Le choix est délibéré. Comme Josef Albers revenait au carré et Morandi aux bouteilles, Party utilise la répétition pour regarder plus profondément. Parmi les motifs récurrents, les arbres ont pris une importance presque dévotionnelle.

Beaucoup de ses expositions naissent d'une confrontation avec des figures historiques, de Rosalba Carriera à Auguste Rodin et Camille Claudel. Copier, pour lui, n'est pas citer: c'est la façon dont on connaît vraiment une œuvre. Aujourd'hui, les images se consomment en trois secondes sur un écran, observe-t-il; dessiner ou peindre quelque chose oblige au contraire à lui consacrer le temps nécessaire, et ce temps reste.

Les racines de son langage se situent pourtant ailleurs. Dès l'âge de douze ans et durant toute son adolescence, Party a réalisé des graffitis sur des trains et des murs à Lausanne, à Genève et au-delà. C'est là qu'il a appris comment la couleur fonctionne dans l'espace public et qu'une image doit être saisie en un instant: l'élément principal, dit-il, doit se voir de loin, comme dans un logo.

À cela s'ajoute une suggestion de Michel Pastoureau, le médiéviste français qui a analysé la manière dont les systèmes visuels façonnent la perception collective. Pastoureau relevait que les enfants suisses grandissent entourés d'héraldique: drapeaux cantonaux, écus, emblèmes. C'est une culture visuelle fondée sur la clarté et le symbole, et elle aide à comprendre pourquoi les portraits de Party sont frontaux, inexpressifs, proches de l'icône.

La curiosité l'a mené au-delà du canon occidental, avec des projets à Pékin et à Séoul. Pendant le montage de l'exposition Dust dans la capitale sud-coréenne, il a étudié la collection du musée avec les conservateurs et conservatrices, apprenant beaucoup sur la céramique coréenne. Il aimerait maintenant travailler à Istanbul et en Égypte, tout en reconnaissant que dix vies ne suffiraient pas à explorer toutes ces cultures.

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