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Ceuta, 72’000 arrivées et au moins 75 morts : le coût humain des frontières

L’afflux de fin juillet dans l’enclave espagnole a mis à l’épreuve le nouveau pacte européen sur la migration et l’asile. Pour le chercheur Robin Stünzi, les contrôles fonctionnent mieux, mais ce sont les personnes migrantes qui en paient le prix.

par Brenno 9 août 2026 3 min de lecture

À la fin du mois de juillet, 72’000 personnes sont arrivées du Maroc à Ceuta, l’enclave espagnole située sur la côte septentrionale de l’Afrique. Au moins 75 d’entre elles ont perdu la vie en tentant d’atteindre ce lambeau de territoire européen. La plupart sont ensuite rentrées dans leur pays. L’épisode repose une question dérangeante : combien coûte, en vies humaines, le contrôle des frontières ?

C’est Robin Stünzi, coordinateur scientifique du Pôle de recherche national sur la migration et la mobilité de l’Université de Neuchâtel, interrogé par swissinfo.ch, qui livre son analyse. Le chercheur passe en revue trois explications possibles de cet afflux soudain.

La première met en cause la campagne de régularisation lancée par l’Espagne en janvier, mais Robin Stünzi la juge peu plausible. La deuxième renvoie aux tensions entre Madrid et Rabat au sujet du Sahara occidental, avec le précédent de 2021, lorsque le Maroc avait favorisé les arrivées vers l’enclave ; là aussi, toutefois, les éléments solides font défaut. La plus convaincante est la troisième : trois semaines avant l’afflux, le Tribunal suprême espagnol avait limité les possibilités de renvoi des personnes arrivées par la mer. Quiconque arrive par voie terrestre de manière irrégulière peut être refoulé immédiatement, tandis que pour les arrivées par mer, les autorités doivent examiner la demande d’asile. La décision, amplifiée par les réseaux sociaux, a créé l’impression d’une frontière temporairement ouverte.

Cette ouverture n’était pourtant qu’apparente. L’Espagne n’était pas tenue de prendre en considération 72’000 demandes d’asile, car les personnes qui quittent le Maroc ne remplissent en principe pas les conditions pour obtenir l’asile politique. D’où le retour au pays de la plupart des personnes arrivées.

Ce sont les personnes en route qui ont payé le prix le plus élevé. À proximité de la plage de Ceuta, des barrières flottantes de confinement ont été installées, et une grande barrière a été placée au large pour prévenir de nouveaux épisodes. C’est précisément cette infrastructure, observe le chercheur, qui est probablement à l’origine d’au moins une partie des quelque 80 décès enregistrés.

Le nouveau pacte européen à l’épreuve

L’afflux est survenu moins de deux mois après l’entrée en vigueur du pacte européen sur la migration et l’asile, un paquet de dix textes législatifs né de la crise de 2015. Le pacte repose sur trois piliers : le filtrage aux frontières extérieures de l’Union, avec identification, contrôles de sécurité et examen médical ; une procédure accélérée à la frontière ; la répartition entre les États membres des personnes susceptibles d’obtenir une protection internationale.

La solidité politique du système s’est toutefois immédiatement fissurée. L’Italie et le Danemark ont menacé d’exclure l’Espagne des accords de Schengen et de rétablir les contrôles aux frontières intérieures : des menaces que Robin Stünzi juge juridiquement impossibles à mettre en œuvre, et de surcroît disproportionnées. Les ministres de l’intérieur de l’Union se sont ensuite réunis en visioconférence et ont signé un message de solidarité.

Le mécanisme du filtrage n’est pas une nouveauté pour la Suisse, qui l’applique depuis les années nonante : les contrôles ont déjà lieu à la frontière et les personnes sont ensuite réparties entre les cantons. Le sujet reste d’actualité au niveau fédéral également, avec l’initiative de l’UDC sur la protection des frontières, qui sera bientôt discutée au Parlement.

Reste enfin le nœud des droits humains. L’agence européenne Frontex a renforcé les moyens des garde-côtes libyens, mais nombre des personnes interceptées deviennent victimes de violences et de tortures en Libye. Pour Robin Stünzi, il s’agit là de l’une des contradictions les plus flagrantes de la politique migratoire européenne. Les entrées irrégulières diminuent depuis des années : la question ouverte est de savoir quel prix humain l’Europe est disposée à accepter en échange de frontières mieux contrôlées.

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