Suisse Politique étrangère
Neutralité: presque personne ne l’entend comme la Suisse
À un mois du vote sur l’initiative, la comparaison avec les autres États neutres révèle dix modèles distincts. Seule l’Autriche possède un statut proche du modèle helvétique.
L'invasion russe de l'Ukraine et la dégradation du contexte de sécurité international ont mis sous pression le principe de neutralité. Avec l'adhésion à l'OTAN de la Finlande en 2023 et de la Suède en 2024, il ne reste qu'une dizaine de pays neutres, selon la liste du Département fédéral des affaires étrangères. La comparaison montre que le même mot recouvre des réalités très différentes.
La Suisse est le plus ancien pays neutre. Sa neutralité est reconnue par les grandes puissances depuis le Congrès de Vienne de 1815, avec des origines que l'on fait remonter à la défaite de Marignan de 1515 et aux Traités de Westphalie de 1648. Elle est permanente, parce qu'elle vaut en temps de paix comme en temps de guerre, et armée, parce que le pays doit pouvoir défendre seul son territoire et son statut. Le droit international de la neutralité lui interdit de participer à une guerre, de soutenir militairement une partie au conflit et d'adhérer à une alliance militaire susceptible de l'y entraîner. N'appartenant pas à l'Union européenne, elle dispose en outre d'une marge de manœuvre plus large. Le 27 septembre, le peuple se prononcera sur une initiative qui veut inscrire dans la Constitution une définition plus stricte de ce principe.
Dix statuts, dix histoires différentes
En Europe, seule l'Autriche partage avec la Suisse un statut de neutralité permanente reconnu par le droit international, avec une armée chargée de défendre le territoire. Sa neutralité date toutefois de 1955 et est née comme condition posée par l'Union soviétique pour mettre fin à l'occupation du pays. Depuis 1995, Vienne est membre de l'Union européenne et concilie les deux par l'abstention constructive, qui lui a permis par exemple de ne pas participer aux décisions sur les livraisons d'armes à l'Ukraine.
L'Irlande ne dispose pas d'un statut formellement reconnu: sa neutralité relève d'une tradition politique liée à la souveraineté conquise après l'indépendance. Elle n'a jamais adhéré à l'OTAN, mais participe depuis les années cinquante aux missions de paix de l'ONU et laisse depuis des décennies les avions militaires américains faire escale à Shannon, une pratique qui contraste avec l'interdiction de survol opposée par la Suisse aux appareils américains dans le conflit avec l'Iran.
Malte a inscrit la neutralité dans sa Constitution en 1987, dans une formulation souple que les gouvernements ont interprétée de manière pragmatique. Certains observateurs qualifient aujourd'hui le pays de militairement neutre mais politiquement aligné. Le Vatican fonde sa neutralité sur les Accords du Latran de 1929, Saint-Marin sur une longue prudence diplomatique. La Moldavie interdit dans sa Constitution la présence de troupes étrangères, mais des militaires russes stationnent en Transnistrie depuis 1992. Le Turkménistan est le seul État dont la neutralité permanente ait été reconnue par une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU, en 1995, et il s'en sert aussi pour justifier l'une des politiques les plus isolationnistes au monde. Le Costa Rica, enfin, a proclamé en 1983 une neutralité non armée et compte, en cas de crise, sur la protection des États-Unis.
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