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Culture Hypothèse

L'algorithme qui cesse de fonctionner à Locarno, et qui le construit

Un exercice de la rédaction. Le directeur artistique revendique un cinéma qui soustrait le spectateur à la prévision, alors que l'investisseur américain a financé et présidé l'industrie qui fabrique cette prévision.

par Brenno 6 août 2026 2 min de lecture

Peter Thiel n'est pas attendu à Locarno. Ce texte ne raconte pas une rencontre: il confronte une phrase prononcée par le directeur artistique du festival à la biographie professionnelle d'un investisseur qui en est, d'une certaine manière, le destinataire implicite.

En ouvrant la 79e édition, Giona A. Nazzaro a décrit sa mission comme la libération du spectateur des prévisions des algorithmes, et il a dit qu'à Locarno l'algorithme de chacun cesse de fonctionner.

Thiel est cofondateur et président de Palantir Technologies, société créée en 2003 et spécialisée dans l'analyse de grandes masses de données pour des gouvernements, des appareils de sécurité et des entreprises. Avec Founders Fund, lancé en 2005, il a financé une part importante des sociétés qui déterminent aujourd'hui la manière dont l'information atteint les personnes. En 2004, il fut le premier investisseur externe de Facebook, avec 500'000 dollars.

Ce qu'un festival fait réellement à la prévision

La phrase de Nazzaro décrit une expérience réelle, mais elle demande à être précisée. Un festival n'élimine pas la sélection: il la déplace.

Une plateforme de streaming propose des contenus en fonction du comportement passé de qui regarde. La prévision est individuelle, et chaque utilisateur reçoit une liste différente, construite sur ses propres données.

Le festival remplace ce filtre par un autre. Un groupe de programmateurs choisit 233 films parmi 7759 inscriptions, et le public reçoit la même liste, identique pour tous. Personne ne voit sa liste personnelle.

La différence ne se situe donc pas entre choix et absence de choix. Elle se situe entre un filtre qui répond à ce qu'une personne a déjà vu et un filtre qui répond au jugement de quelqu'un qui en répond en son nom.

Le premier tend à confirmer les habitudes, parce qu'il est optimisé sur le temps de visionnement. Le second peut les contredire, parce qu'il n'a aucun intérêt à retenir le spectateur devant un seul écran.

La 79e édition porte ce thème aussi hors des salles. L'exposition «L'occhio dinamico» au Musée Casa Rusca clôt son parcours par une section consacrée aux algorithmes, considérés comme des dispositifs qui organisent et médiatisent la perception contemporaine.

Reste le point que le festival n'aborde pas. Les salles, les plateformes et les financements qui rendent un film possible appartiennent en bonne partie au même système industriel qui a rendu la prévision rentable. Un festival peut en suspendre l'effet pendant dix jours, sur une place de huit mille places, et cette suspension a une valeur précise justement parce qu'elle est locale et temporaire.

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