Monde Trafic aérien
Les États-Unis confient à une start-up la refonte de leur espace aérien
L'autorité fédérale de l'aviation attribue 875 millions de dollars à Air Space Intelligence pour construire Smart, le système censé prévoir les engorgements avant qu'ils ne se forment. La même technologie équipe Alaska Airlines depuis 2021.
L'Administration fédérale de l'aviation des États-Unis a confié à Air Space Intelligence un contrat de 875 millions de dollars pour construire le système qui devra réorganiser l'espace aérien du pays. Il s'appelle Smart, pour Strategic Management of Airspace, Routes and Trajectories, et s'inscrit dans le programme de refonte du contrôle aérien voulu par l'administration Trump.
Air Space Intelligence est une petite société dirigée par son cofondateur Phillip Buckendorf. Son produit, Flyways, traite les données de trafic, de vent et de conditions météorologiques pour calculer ce qui se passera dans les heures suivantes le long d'un itinéraire. Au lieu de se borner à décrire la situation présente, le logiciel estime où se formeront les engorgements et propose à l'avance de légères corrections de route et d'horaire.
Le précédent d'Alaska Airlines
Alaska Airlines a été la première compagnie à adopter Flyways, en 2021. Selon les chiffres communiqués par le transporteur, le système a permis d'économiser des dizaines de milliers d'heures de vol et environ un million de gallons de carburant par an. Bret Peyton, responsable du centre opérationnel de la compagnie, a précisé que le logiciel ne choisit ni la route ni les points de passage: il formule des propositions que les dispatchers peuvent accepter ou écarter. La confiance des opérateurs, raconte-t-il, a grandi à mesure que les résultats devenaient visibles. Après Alaska, l'entreprise a étendu ses contrats à Delta, à United Airlines, à l'armée de terre et à l'armée de l'air américaines.
Le saut que demande le contrat fédéral est d'un autre ordre. Le système devra passer de l'optimisation des vols d'une seule compagnie à la gestion de l'ensemble de l'espace aérien américain, le plus fréquenté et le plus complexe du monde. L'administrateur de l'autorité aéronautique, Bryan Bedford, a décrit l'organisation actuelle comme dépourvue de vision unifiée à l'échelle nationale: les données existent, mais restent réparties entre des centres de contrôle qui ne les partagent pas en temps réel.
Sur le point le plus délicat, le rôle des contrôleurs aériens, la position officielle est que l'objectif consiste à les assister et non à les remplacer. La décision reste à l'opérateur humain, comme c'est déjà le cas pour les dispatchers des compagnies. Il reste toutefois à démontrer qu'un modèle prédictif entraîné sur les vols d'un seul transporteur supporte la charge d'un système national, où les effets d'une recommandation erronée ne s'arrêtent pas à un avion. Le contrat est signé, le système reste à construire.
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