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Canton Résidences secondaires

À Locarno, le seuil des résidences secondaires ne tient que sur le papier

À Locarno, la part des résidences secondaires est restée pendant des années tout juste sous le seuil de 20% fixé par la Lex Weber, notamment parce que les appartements loués via Airbnb n'étaient pas comptabilisés comme tels. Après la correction des calculs par la Confédération, la commune ne peut plus construire de nouvelles résidences secondaires et doit réexaminer les permis délivrés alors qu'elle avait déjà dépassé le seuil.

par Gottardo 17 septembre 2026 3 min de lecture Locarnese

À Locarno, la frontière entre résidence principale et résidence secondaire s'est révélée plus élastique que prévu. La Lex Weber interdit la construction de nouvelles résidences secondaires dans les communes qui dépassent 20% du parc immobilier, mais le chef-lieu du Locarnese est resté pendant des années tout juste sous ce seuil, malgré un nombre croissant de permis de construire pour des appartements touristiques. Le conseiller communal Francesco Albi, qui a déposé une interpellation sur le sujet en décembre 2024, cite le cas de la Residenza Vivian, sur les rives du lac, où la plupart des appartements sont loués via des plateformes comme Airbnb.

La Municipalité justifie cet écart par un choix méthodologique : les logements touristiques ne sont pas comptés comme résidences secondaires, mais comme activités commerciales. Le syndic Nicola Pini défend ce choix, fondé sur une lettre du Conseil d'État de 2021 et sur une modification législative cantonale ultérieure. En octobre 2023, toutefois, une circulaire de la Section des communes avait indiqué à toutes les communes que la location à des touristes ne change pas la nature d'un logement pour le décompte. Locarno a préféré s'appuyer sur une expertise externe et maintenir sa ligne.

Réajustements comptables et coup d'arrêt fédéral

Entre septembre et décembre 2025, deux corrections comptables ont fait baisser la part des résidences secondaires de 22,14% à 19,57%, ramenant la commune sous le seuil ; le syndic rejette l'hypothèse d'un ajustement de circonstance. En février, après un nouveau calcul qui a confirmé le dépassement du seuil, l'Office fédéral du développement territorial a établi qu'aucune nouvelle résidence secondaire ne pouvait plus être construite à Locarno.

Reste à clarifier le sort des permis délivrés alors que la commune avait déjà dépassé le seuil : le Département du territoire a ordonné de les réexaminer un par un à partir du 31 mars 2025, les permis contraires à la loi étant considérés comme nuls. En 2025, neuf permis ont été délivrés pour des immeubles collectifs, avec 10 appartements secondaires sur 128. Pour le secteur bancaire, le risque reste limité : un permis de construire entré en force, rappelle Michele Andina de BancaStato, bénéficie du principe de la sécurité du droit ; même en cas d'annulation, ajoute-t-il, une solution serait recherchée avec les promoteurs pour limiter le risque pour la banque.

Le nœud du problème est économique : selon l'architecte Hermes Killer, les résidences secondaires se vendent 10 à 20% plus cher que les résidences principales, une marge qui explique l'intérêt des promoteurs, y compris dans le futur quartier de l'ancienne usine à gaz et de l'ancien abattoir, où le nouveau plan admet jusqu'à 25% de résidences secondaires sur des terrains communaux autrefois destinés au logement à loyer modéré. Killer conteste ce choix ; la Municipalité se dit ouverte à en discuter, mais renvoie la décision à la Commission du plan d'aménagement.

À Gordola, les résidences secondaires représentent 29% du parc immobilier, contre 55% à Ascona et 77,7% à Ronco sopra Ascona, mais les demandes de conversion de résidence principale en résidence secondaire sont en hausse. Le conseiller communal Bruno Storni relève un effet peu évoqué : moins de résidents signifie moins de recettes fiscales, alors que les infrastructures doivent rester dimensionnées pour les pointes estivales, dont le coût retombe sur les autres habitants. La commune a chargé un urbaniste externe de cartographier les conversions en vue d'une modification du plan d'aménagement, avec une exception déjà annoncée pour le noyau historique.

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