Suisse Fromages
Sécheresse dans le Jura: la Tête de Moine AOP produit trente pour cent de moins
Une seule des six fromageries atteint des volumes normaux. Les stocks couvrent les ventes de fin d'année, mais les éleveurs ont réduit leurs troupeaux et 2027 inquiète.
La sécheresse qui frappe le Jura a de lourdes conséquences sur la Tête de Moine AOP. Des six fromageries qui la produisent, une seule atteint des volumes de transformation normaux. La donnée est rapportée par Le Quotidien Jurassien.
Le problème se situe en amont, à l'étable. La production de lait a baissé en moyenne d'environ trente pour cent. L'agriculteur Guillaume Guenot a expliqué qu'une vache qui fournissait vingt-quatre litres par jour n'en donne plus que douze.
Pour faire face au manque de fourrage, de nombreux éleveurs ont réduit leurs troupeaux, envoyant à l'abattoir des animaux destinés à passer l'hiver. Aux vagues de chaleur se sont ajoutées les infestations d'insectes, qui provoquent des diarrhées chez les animaux et une hausse des avortements spontanés.
2026 est couvert, 2027 non
Le comité de gestion de la filière rassure pour l'année en cours. Les réserves de fromage suffisent à garantir les ventes de fin d'année, qui représentent quarante pour cent du chiffre d'affaires. Une partie du produit est réfrigérée pour ralentir sa maturation et arriver prête au bon moment.
Les inquiétudes concernent 2027. C'est alors que se fera sentir avec force la baisse de lait du troisième trimestre de cette année, car un fromage à pâte mi-dure arrive sur le marché des mois après avoir été produit.
S'y ajoute un effet moins visible et plus durable. La réduction des troupeaux risque d'anéantir des années de travail de sélection génétique, qui ne se rattrapent pas en achetant des animaux sur le marché.
Les éleveurs espèrent que les contributions fédérales liées à la détention des animaux et à l'estivage continueront d'être versées malgré le nombre réduit de têtes. Un soutien qui s'amenuise au moment même où la production baisse et les coûts augmentent risque, craignent-ils, de décourager les producteurs.
La situation rappelle de près celle des alpages de l'Ossola, où la rareté de l'herbe menace le Bettelmatt et oblige à descendre en plaine avec un mois d'avance. Dans les deux cas, le produit typique dépend d'un pâturage qui manque cette année, et la filière découvre qu'elle dispose d'une marge de stocks couvrant une saison, pas deux.
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