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La baignade en rivière, l'habitude suisse qu'on ne peut pas répéter ailleurs
Des Suisses résidant à l'étranger racontent des eaux polluées, des crocodiles et des cours d'eau inexistants. La comparaison dit combien la baignabilité helvétique est rare.
En Suisse, l'été, on se jette dans l'Aar ou dans le Rhin sans y penser, et cela paraît normal. Les témoignages recueillis auprès des Suisses vivant à l'étranger disent que ça ne l'est pas du tout.
Le premier obstacle est la qualité de l'eau. Une personne installée au Mexique raconte que les eaux usées finissent directement dans les rivières. D'un lecteur en Thaïlande vient une description tout aussi sèche: l'eau est très sale. Au Royaume-Uni, le problème concerne les eaux non traitées déversées dans les cours d'eau, qui déconseillent la baignade; de là vient aussi le regret explicite de l'Aar et du lac de Thoune.
Le deuxième obstacle est la faune. Au Kenya, écrit une personne qui y vit, beaucoup de rivières sont à sec et d'autres sont occupées par les crocodiles. De Floride arrive un avertissement formulé comme une règle: dans n'importe quel plan d'eau, il faut toujours présumer qu'il y a un alligator. D'Afrique du Sud, on signale des rencontres avec des crocodiles et des hippopotames.
Ailleurs, la question ne se pose tout simplement pas. À Bonaire, dans les Caraïbes, il n'y a ni ruisseaux ni rivières: on nage dans la mer. Aux Pays-Bas, en revanche, la baignade dans les canaux reste répandue, malgré les interdictions formelles.
Ce qui rend une habitude possible
Le fil qui relie les réponses est la nostalgie, et plus d'une personne l'exprime sans détour. L'une d'elles, qui vit dans le désert des Mojaves, a écrit que le lendemain elle quitterait de nouveau la Suisse et que la nage lui manquerait beaucoup.
La comparaison livre pourtant aussi un constat moins sentimental. Qu'une rivière traversant une ville soit baignable n'est pas une condition naturelle: c'est le résultat de décennies d'épuration, de normes sur les rejets et d'investissements publics dans des installations que personne ne voit. Les eaux suisses n'ont pas toujours été propres, et leur état actuel dépend d'un système qu'il faut entretenir.
La comparaison avec le Royaume-Uni, où la question des rejets non traités est au centre du débat public, montre à quelle vitesse cette condition peut se perdre. C'est l'envers pratique d'une habitude que la Suisse tient pour acquise.
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