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La Suisse attire l'intelligence artificielle, mais toutes les entreprises ne restent pas
En 2025, le pays comptait plus de 110 chercheurs en intelligence artificielle pour 100'000 habitants, la proportion la plus élevée au monde. Les contrôles à l'exportation et la frontière floue avec le militaire poussent toutefois certaines entreprises à partir.
En 2025, la Suisse comptait plus de 110 chercheurs en intelligence artificielle pour 100'000 habitants. Selon l'AI Index Report 2026 de Stanford, il s'agit de la densité la plus élevée au monde, le double de celle des États-Unis et de pôles concurrents comme le Royaume-Uni.
Cette attraction se lit dans les choix des entreprises. Le bureau de Google à Zurich est le plus grand centre de conception du groupe hors des États-Unis. Entre 2024 et 2026, OpenAI, Anthropic, Microsoft, Apple et Meta ont élargi leurs activités de recherche dans le pays.
La liste se poursuit. Le projet Prometheus de Jeff Bezos a ouvert un siège à Zurich, après San Francisco et Londres. Le Robotics and AI Institute, fondé par Marc Raibert de Boston Dynamics, y a installé en 2025 son centre européen de recherche et développement. La même année, Neura Robotics a transféré en Suisse le développement du robot humanoïde 4NE1. En mai 2025, l'Agence spatiale européenne a inauguré le centre ESDI au Switzerland Innovation Park Innovaare, à Villigen.
Alexandre Meldem, de la fondation Deep Tech Nation Switzerland, née en 2024 à l'initiative d'UBS et de Swisscom, décrit ainsi la situation. «Sono pronto a scommettere che oggi la densità di grandi aziende tecnologiche [in Svizzera] è più elevata che da qualsiasi altra parte del mondo» (Je suis prêt à parier que la densité de grandes entreprises technologiques en Suisse est aujourd'hui plus élevée que partout ailleurs dans le monde), affirme-t-il. Il ajoute que «la neutralità politica svizzera non è solo una tradizione diplomatica: per le aziende che operano nel campo delle tecnologie d'avanguardia, può anche rappresentare un vantaggio strategico» (la neutralité politique suisse n'est pas seulement une tradition diplomatique: pour les entreprises actives dans les technologies de pointe, elle peut aussi représenter un avantage stratégique).
Là où l'avantage se retourne
Cette même neutralité engendre pourtant des contraintes. La loi fédérale sur le matériel de guerre, du milieu des années nonante, contrôle l'exportation des produits à double usage. En 2025 ont été introduits des contrôles stricts sur le calcul quantique, la production de semi-conducteurs, l'intelligence artificielle et la fabrication additive. En février 2026, la Confédération a assoupli les normes d'exportation envers 25 pays alliés.
Le problème est que la ligne de séparation s'amincit. «I confini tra ambito civile e militare sono sempre più sfumati» (Les frontières entre le domaine civil et le domaine militaire sont de plus en plus floues), observe Leo Eigner, du Center for Security Studies de l'École polytechnique de Zurich.
Certaines entreprises en ont tiré les conséquences. Destinus, active dans l'aérospatiale et les appareils hypersoniques, a quitté la Suisse pour les Pays-Bas à la fin de 2024. Son fondateur Mihail Kokorić a expliqué ce choix par les limites imposées par le siège suisse: «Mantenendo la sede della holding in Svizzera, non avremmo potuto trarne vantaggio» (En gardant le siège de la holding en Suisse, nous n'aurions pas pu en tirer parti). Auterion s'est déplacée à Munich et à Arlington, en Virginie.
Reste enfin une contrainte physique. Les centres de calcul absorbent déjà entre 6 et 8 pour cent de l'électricité suisse et pourraient atteindre 15 pour cent d'ici à 2030.
L'avantage concurrentiel n'est donc pas acquis. Selon l'AI Index de Stanford, l'afflux de talents vers les États-Unis a chuté de 80 pour cent au cours de la dernière année, ce qui ouvre une fenêtre pour qui sait retenir chercheurs et entreprises.
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