Suisse Compensations militaires
L'EPFZ reçoit un ordinateur quantique IBM en compensation des F-35
L'EPF de Zurich va recevoir un ordinateur quantique IBM financé par Lockheed Martin, dans le cadre des compensations liées à l'achat des avions de combat F-35. L'appareil doit être installé d'ici la fin de l'année au centre de calcul de Lugano, alors que les montants de l'opération restent confidentiels.

L'École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) va recevoir un ordinateur quantique produit par le groupe américain IBM. L'opération s'inscrit dans les affaires compensatoires liées à l'achat des avions de combat F-35 : IBM fournit le matériel, tandis que le constructeur des appareils, Lockheed Martin, finance le projet et le fait valoir dans le cadre des affaires qu'il s'est engagé à générer en Suisse au titre du contrat de vente.
Le porte-parole de l'EPFZ, Markus Gross, déclare : « L'ETH e la Svizzera avranno accesso a una delle infrastrutture quantistiche più avanzate al mondo » (l'EPFZ et la Suisse auront accès à l'une des infrastructures quantiques les plus avancées au monde). L'ordinateur devrait entrer en service d'ici la fin de l'année au Centre suisse de calcul scientifique (CSCS) de Lugano, où se trouve déjà le supercalculateur national : un renforcement pour le pôle scientifique tessinois.
Contrairement aux ordinateurs traditionnels, qui utilisent des bits valant 0 ou 1, les ordinateurs quantiques reposent sur des qubits, capables de se trouver simultanément dans plusieurs états grâce aux propriétés de la physique quantique. Cette technologie promet, à l'avenir, de résoudre des problèmes aujourd'hui trop complexes et de mettre à l'épreuve les systèmes de cryptographie actuels, mais elle en est encore à ses débuts : les machines disponibles restent de taille limitée et sujettes à des erreurs.
L'armée s'intéresse elle aussi au projet. Armasuisse, qui a approuvé l'opération en tant que compensation, affirme qu'elle renforcera les compétences suisses en matière de calcul quantique et précise : « Anche Armasuisse e l'esercito potranno trarne vantaggio nel medio e lungo termine, ad esempio nei settori della cibersicurezza e della crittografia » (Armasuisse et l'armée pourront elles aussi en tirer profit à moyen et long terme, notamment dans les domaines de la cybersécurité et de la cryptographie). Le porte-parole de l'EPFZ exclut toutefois un usage militaire direct : « È esplicitamente escluso che questo computer venga utilizzato per la ricerca in ambito militare » (il est expressément exclu que cet ordinateur soit utilisé pour la recherche militaire). Seule de la recherche fondamentale pourra être menée sur le système. Lockheed Martin, de son côté, utilisera aussi sa collaboration avec IBM pour développer une nouvelle technologie de navigation basée sur les systèmes quantiques.
Une facture peu transparente pour les contribuables
Ni IBM, ni Lockheed Martin, ni Armasuisse ne communiquent les montants de l'opération. Pour Thomas Friedli, économiste à l'Université de Saint-Gall, qui étudie ce type d'accords, ce manque de transparence n'a rien d'exceptionnel. Les opérations de compensation suivent en effet des règles comptables particulières : Lockheed Martin s'est engagé à générer en Suisse des affaires équivalant à au moins 60 % de la valeur du contrat d'achat des F-35, soit environ 3 milliards de dollars selon Armasuisse. Pour les projets jugés stratégiques, l'office fédéral applique toutefois un multiplicateur pouvant aller jusqu'à trois : un investissement d'un dollar peut ainsi être comptabilisé jusqu'à hauteur de trois dollars de compensation.
Selon les estimations d'Armasuisse, ce mécanisme fait grimper le coût global de l'achat des F-35 d'environ 700 à 800 millions de francs. Une partie de ces fonds finance aussi des projets sans lien direct avec l'aviation militaire, comme la recherche sur les nanotechnologies ou sur les carburants synthétiques pour l'aviation, outre l'ordinateur quantique de l'EPFZ. Friedli estime néanmoins que la Suisse a intérêt à participer à ce type d'accords, car ils permettent de canaliser des ressources vers une recherche potentiellement pertinente aussi pour la sécurité nationale : « Rafforzare queste competenze in Svizzera può in seguito generare ricadute sull'industria e moltiplicare gli effetti degli investimenti » (renforcer ces compétences en Suisse peut ensuite avoir des retombées sur l'industrie et démultiplier les effets des investissements).
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