Économie Dépenses de santé
Santé suisse : des coûts qui s’accélèrent, des primes toujours plus lourdes
Les dépenses de santé croissent plus vite que les revenus : en 2024, elles ont absorbé environ 12% du PIB et les primes ont atteint 7% du revenu disponible. Les mesures d’économie décidées jusqu’ici ne représentent qu’une fraction minime du budget.
Les dépenses de santé de la Suisse augmentent à un rythme que la population peine à supporter. En 2024, le pays a consacré à la santé environ 12% du produit intérieur brut, soit la quatrième valeur la plus élevée parmi les membres de l’OCDE, pour un budget global d’environ 100 milliards de francs par an. Entre 2024 et 2027, les coûts devraient progresser en moyenne de 3,9% par an, contre 3,1% au cours de la décennie précédente.
La facture se répercute sur les primes d’assurance maladie. En 2024, un adulte a payé en moyenne 423 francs par mois, soit 7% du revenu disponible moyen ; en 2004, cette part était de 4%. Dans un sondage commandé par comparis.ch en 2025, 59% des personnes interrogées déclaraient payer leurs primes sans difficulté, mais environ un tiers reçoit des subsides de l’État. Une étude de l’Université de Fribourg indique en outre qu’une personne âgée sur cinq renonce à des soins pour des raisons financières.
En janvier, la secrétaire d’État à l’économie Helene Budliger Artieda a reconnu que la Suisse se trouve «di fronte a un trilemma» (face à un trilemme). Pour Stefan Felder, professeur d’économie de la santé à l’Université de Bâle, «il sistema svizzero è semplicemente troppo costoso» (le système suisse est tout simplement trop cher) ; les économies proposées jusqu’ici lui paraissent «ridicolmente esigui» (ridiculement maigres).
Une partie du problème tient au volume des prestations. En Suisse, on implante environ 350 prothèses de hanche pour 100’000 habitants, soit près du double de la moyenne de l’OCDE, qui est de 191. Les médicaments absorbent environ 22% du budget de l’assurance obligatoire et le coût des médicaments remboursés a doublé au cours de la dernière décennie. Selon Thierry Mauvernay, à la tête de Debiopharm, les tests cliniques qui coûtaient autrefois 40’000 francs en coûtent aujourd’hui 400’000.
Des réformes à petits pas
La Confédération est intervenue à plusieurs reprises. Un premier paquet, en vigueur depuis 2022, a notamment introduit des incitations en faveur des génériques, la quote-part à la charge du patient passant de 20% à 40% pour les médicaments de marque. En mars 2025, le Parlement a approuvé un deuxième paquet de 16 mesures, comprenant la révision des prix des médicaments. La table ronde voulue par la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider vise des économies volontaires de 300 millions de francs par an dès 2026 : à peine 0,25% du budget de la santé.
Sur le plan structurel, le peuple a approuvé en novembre 2024 la réforme qui uniformise la répartition des coûts entre assureurs et cantons, tandis qu’une nouvelle structure tarifaire pour les prestations médicales est en vigueur depuis janvier 2026. Sont à l’étude des plafonds à la croissance des dépenses pour la période 2028-2031 et le relèvement de la franchise minimale de 300 à 400 francs, le premier en vingt ans.
Le contexte international pèse également : après les droits de douane décidés par le président Trump sur les médicaments, le gouvernement a institué en janvier un groupe de travail avec les dirigeants de Roche et de Novartis. Le secteur pharmaceutique génère 40% des exportations suisses, mais le marché intérieur de 9 millions d’habitants limite le pouvoir de négociation de Berne : l’Office fédéral de la santé publique a retiré de la liste des médicaments remboursés l’anticancéreux Lunsumio de Roche après l’échec des négociations sur le prix.
Baume-Schneider a déclaré à la RTS : «il vero problema è chi paga cosa» (le vrai problème est de savoir qui paie quoi). La question reste ouverte de savoir si des mesures qui ne représentent qu’une fraction minime des dépenses suffiront à ramener la croissance des coûts à un niveau supportable pour les assurés et les contribuables.
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