Aller au contenu
il Cantonale

Journal numérique indépendant de la Suisse italienne

Culture Médecine nucléaire

Dans le bunker du cyclotron qui fabrique les traceurs de Suisse romande

Le seul accélérateur de particules à usage médical de Suisse romande est à l’arrêt depuis deux ans. Il produit des isotopes qui perdent la moitié de leur radioactivité en deux heures.

par Redazione 16 août 2026 3 min de lecture

En service aux Hôpitaux universitaires de Genève depuis 2001, le seul accélérateur de particules à usage médical de Suisse romande est à l'arrêt depuis deux ans en raison de la rénovation des laboratoires attenants. Il faudra encore quelques semaines avant que le cyclotron ne produise à nouveau des radiopharmaceutiques.

La pause permet d'entrer dans l'unité qui l'abrite, au deuxième sous-sol de l'hôpital. Il faut traverser plusieurs sas avant d'atteindre le bunker, une salle protégée par des murs de deux mètres d'épaisseur. Valentin Bonvin, physicien spécialisé en radioprotection et ancien du CERN, ouvre la porte blindée: vingt-cinq tonnes de béton et d'acier soutenues par un coussin d'air, qui pivotent lentement dans un sifflement puissant.

À l'intérieur, un cylindre métallique de près de deux mètres de haut, entouré de câbles, de tuyaux et de capillaires. Deux personnes assurent le fonctionnement de l'installation, en s'appuyant aussi sur la compétence du fabricant. L'accélération des particules se fait en spirale, sous l'action combinée de champs électriques et magnétiques, et sert à bombarder d'un faisceau de protons de l'eau enrichie en oxygène-18.

Trois millilitres et quelques heures de vie

L'installation produit deux isotopes radioactifs sous forme liquide, le fluor-18 et l'azote-13, dans un volume d'à peine trois millilitres. Le liquide est acheminé vers le laboratoire par des capillaires gainés de plomb et recueilli dans une cellule blindée, où a lieu la synthèse radiochimique. Purifié et combiné à d'autres molécules, il devient un radiopharmaceutique: associé au glucose, le fluor-18 donne le fluorodésoxyglucose, le traceur utilisé en oncologie pour localiser les tumeurs lors d'un PET. L'azote-13 sous forme d'ammoniaque sert en revanche à visualiser les dysfonctionnements cardiaques.

Avec une production quotidienne de quarante à cinquante doses, le cyclotron approvisionne l'hôpital genevois et les autres hôpitaux romands selon leurs besoins. Selon Valentina Garibotto, cheffe du service de médecine nucléaire et imagerie moléculaire, cela exige une coordination en amont très soignée. La raison tient à la chimie: le fluorodésoxyglucose a une demi-vie radioactive d'un peu moins de deux heures, autrement dit la moitié de la radioactivité initiale a déjà disparu dans ce laps de temps; pour l'azote-13 ammoniaqué, elle est de dix minutes. Le produit doit être injecté presque aussitôt, faute de quoi il ne sert plus à rien. Pour la même raison, la gestion des stocks n'est pas un problème: il n'y a pas de stocks.

La sécurité, elle, reste une préoccupation constante. L'installation est soumise à des normes fédérales strictes, la radioactivité ambiante est mesurée en continu et chaque collaborateur porte un dosimètre. Le risque d'une réaction en chaîne, explique Valentin Bonvin, est nul: avec le cyclotron, on allume la machine et on effectue le bombardement, et lorsqu'on l'éteint, le bombardement s'interrompt immédiatement. Il n'y a de fission nucléaire à aucun moment. À la fin de la visite, le physicien enclenche la fermeture du bunker: une sirène et un gyrophare orange laissent trente secondes pour sortir.

Commentaires

Aucun commentaire

Il n'y a pas encore de commentaires. Votre voix peut être la première.

Laisser un commentaire