Suisse Santé pédiatrique
Pénurie de pédiatres : le Tessin s'en sort mieux que les Grisons
Une étude de l'Université de Berne montre une pénurie généralisée de pédiatres en Suisse, avec de fortes disparités entre cantons. Le Tessin se situe au-dessus de la moyenne nationale, les Grisons parmi les moins bien lotis.
La Suisse manque de pédiatres. Une étude de l'Université de Berne, publiée dans la revue Swiss Medical Weekly, chiffre la moyenne nationale à un pédiatre (équivalent temps plein) pour 1'600 enfants de moins de 18 ans.
Ce chiffre se situe entre deux références internationales : en dessous des recommandations américaines, qui préconisent un pédiatre pour 1'200 à 1'400 enfants, mais au-dessus de l'Allemagne, où le rapport est de un pour 2'127. À titre de comparaison, pour les adultes, la Suisse compte un médecin de famille pour 1'000 habitants.
Derrière cette moyenne nationale se cachent d'importantes différences entre cantons. Genève compte un pédiatre pour 750 enfants. Dans les Appenzell Rhodes-Extérieures, le rapport tombe à un pour 4'761, soit six fois moins favorable.
Le Tessin en tête, les Grisons à la traîne
Le Tessin occupe la quatrième place du classement cantonal, avec un pédiatre pour 1'136 enfants, mieux que la moyenne suisse. Les Grisons se situent à l'autre extrême : un pédiatre pour 2'631 enfants, soit plus du double du Tessin. Cette différence se reflète aussi dans la perception des professionnels eux-mêmes : seuls 15% des pédiatres tessinois estiment qu'il manque des collègues, contre 93% chez leurs homologues grisons. La charge de travail quotidienne est pourtant similaire : dans les deux cantons, les pédiatres reçoivent environ 28 patients par jour.
Même là où il y a des pédiatres, en trouver un disponible n'est pas garanti. À l'échelle suisse, seuls 31% des cabinets de pédiatrie acceptent tous les nouveaux patients ; 57% n'en acceptent que certains, généralement des nouveau-nés ou des frères et sœurs d'enfants déjà suivis ; 12% n'en acceptent plus aucun.
Les auteurs de l'étude identifient trois causes principales : la généralisation du travail à temps partiel, des incitations financières peu favorables et des conditions de travail toujours plus difficiles. 87% des pédiatres de premier recours travaillent à temps partiel et suivent en moyenne 22 enfants par jour. Parmi les raisons de la désaffection pour la médecine de premier recours, les personnes interrogées citent la charge administrative croissante, les attentes toujours plus élevées des parents et le risque financier lié à la gestion d'un cabinet. Ce n'est pas un hasard si la densité de pédiatres est plus élevée dans les cantons où la rémunération est meilleure.
Cette pénurie a aussi des répercussions sur les hôpitaux et les familles. Lorsqu'il est difficile d'obtenir rapidement un rendez-vous, de nombreux parents se tournent vers les urgences, même pour des cas bénins, ce qui alourdit la charge des hôpitaux et peut représenter un coût et une contrainte supplémentaires pour les familles.
Pour Claudia Kuehni, de l'Institut de médecine sociale et préventive de l'Université de Berne, qui a dirigé la recherche, les résultats de l'étude offrent désormais une base pour des mesures de politique sanitaire ciblées dans les régions où l'offre pédiatrique est particulièrement faible.
L'étude, menée entre septembre 2024 et février 2025, a recueilli la participation de 60% des membres de la Société Suisse de Pédiatrie exerçant une activité clinique, pour un total de 1'155 réponses.
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