Suisse Industrie de l'armement
RUAG MRO : après les irrégularités internes, plaintes pénales et dommages de 51 millions
Une enquête interne menée au sein de l'entreprise publique d'armement RUAG MRO a mis en lumière des irrégularités dans la vente de chars Leopard et dans d'autres transactions. L'entreprise a déposé des plaintes pénales et réclame environ 51 millions d'euros de dommages à dix personnes.
RUAG MRO, l'entreprise publique suisse active dans la maintenance et le commerce de matériel d'armement, a clos l'enquête interne ouverte en 2023 sur les irrégularités dans sa propre gestion. Le rapport, publié vendredi, décrit un échec des mécanismes de contrôle interne et signale plusieurs infractions possibles. L'entreprise a déposé des plaintes pénales et engagé des actions civiles pour environ 51 millions d'euros contre dix personnes.
L'affaire avait pris toute son ampleur en 2025, lorsque le Contrôle fédéral des finances a examiné en profondeur la gestion et la direction stratégique de RUAG MRO. Quatre audits ont révélé de graves dysfonctionnements et des fraudes liées à la vente de 96 chars Leopard 1. Le cas le plus grave concerne des pièces de rechange pour chars Leopard achetées à l'armée néerlandaise pour une cinquantaine de millions de francs et revendues pour 3 millions à des sociétés proches d'un ancien dirigeant du groupe.
Les vérifications menées par le cabinet d'avocats Niederer Kraft Frey ont mis en évidence d'autres éléments. Il existe un soupçon selon lequel un ancien collaborateur aurait transmis illégalement des plans techniques sensibles à des adresses privées et à des tiers en Allemagne, permettant à des fabricants non homologués de produire des pièces susceptibles d'avoir atterri dans les entrepôts de RUAG ou dans des chars Leopard 2. La Confédération a déjà bloqué les stocks concernés. D'autres indices concernent une filiale sud-africaine, aujourd'hui liquidée, de la participation minoritaire de RUAG dans Nitrochemie, qui aurait permis des transactions non autorisées par la Suisse et l'Allemagne, ainsi qu'une sous-participation non déclarée acquise par un ancien collaborateur dans le cadre de la scission du groupe.
Une responsabilité publique en question
Le rapport critique aussi la surveillance exercée par la Confédération, en tant que propriétaire de RUAG, sur l'entreprise. Il s'agit d'une entreprise publique, financée et garantie par les contribuables, au sein de laquelle les contrôles internes et externes auraient dû détecter plus tôt les anomalies révélées aujourd'hui. Le président du conseil d'administration, Jürg Rötheli, a parlé d'un investissement nécessaire : « La complessità di questi dossier ha reso il lavoro impegnativo. Questo investimento era tuttavia voluto per preparare il nostro futuro, e ha dato i suoi frutti » (« La complexité de ces dossiers a rendu le travail exigeant. Cet investissement était néanmoins voulu pour préparer notre avenir, et il a porté ses fruits »), a-t-il déclaré, ajoutant que l'entreprise avait « posto così le basi per un nuovo inizio sereno » (« ainsi posé les bases d'un nouveau départ apaisé »).
RUAG a entamé une réorganisation, avec une nouvelle unité Corporate Services et un système de conformité renforcé, ainsi que des améliorations dans le contrôle des exportations et la gestion des intermédiaires. Le ministre de la Défense, Martin Pfister, a qualifié ces épisodes d'« inaccettabili » (« inacceptables »), soulignant qu'ils minent la confiance du public envers une entreprise importante pour la capacité de défense de la Suisse. Un groupe de travail du Département de la défense évaluera désormais les responsabilités des organes de RUAG et le rôle de la Confédération comme propriétaire, ainsi que la collaboration avec l'armée, principale cliente de l'entreprise. Les résultats sont attendus dans deux à trois mois.
Reste à savoir si les mesures annoncées suffiront à éviter que l'entreprise publique ne génère à nouveau des pertes de cette ampleur aux dépens des finances fédérales.
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