Économie Transports aériens
Aéroport de Lugano : concession fédérale renouvelée jusqu'en 2056
Le Département fédéral des transports a renouvelé pour 30 ans la concession de l'aéroport de Lugano. Le nouveau directeur parle d'un horizon certain pour planifier des investissements restés à l'arrêt pendant des décennies.

Ces derniers jours, le Département fédéral des transports a renouvelé la concession jusqu'en 2056. L'aéroport gagne ainsi un peu de tranquillité pour mener des investissements à l'arrêt depuis des décennies et pour se repositionner dans un marché de l'aviation en pleine mutation.
Le nouveau directeur, Christian Castelli, qualifie la décision ainsi : « Il rinnovo della concessione dà un orizzonte certo » (le renouvellement de la concession offre un horizon certain). Sur 30 ans, estime Christian Castelli, la planification peut être meilleure.
Un groupe de travail présidé par le chef du dicastère finalise une proposition destinée à la Municipalité. Elle sera ensuite soumise au Conseil communal, présentée par la direction aéroportuaire. D'ici là, l'aéroport se concentre sur l'entretien, la sécurité et la conformité.
Compagnies étrangères et vols vers Genève
Selon des indiscrétions, l'hypothèse d'un partenariat public-privé reste sur la table. Le Parlement fédéral pourrait par ailleurs autoriser les compagnies étrangères à effectuer des vols intérieurs en Suisse. Lugano l'a toujours souligné : cette ouverture serait essentielle pour rétablir la liaison avec Genève.
Castelli reconnaît que la norme « di per sé toglie un ostacolo » (en soi, elle lève un obstacle), mais qu'elle « non crea ancora il collegamento » (elle ne crée pas encore la liaison). Ces derniers mois, des contacts informels ont eu lieu, mais aucune proposition concrète n'est encore parvenue. Selon le directeur, la situation est probablement liée au cabotage encore en vigueur.
Sur les raisons de l'absence de vols réguliers, Castelli ne peut formuler que des hypothèses. Le fait est que les vols de ligne ont pris fin en 2019 et que personne n'est revenu depuis. La loi réserve ces liaisons aux compagnies suisses, qui ne sont pour l'instant pas intéressées.
Entre-temps, l'aéroport s'est repositionné : l'aviation d'affaires a fortement progressé, tout comme les vols de la Rega et les vols institutionnels. Castelli n'y voit pas un destin, mais « una base su cui costruire il futuro dell'aeroporto » (une base sur laquelle bâtir l'avenir de l'aéroport). Au cours des cinq dernières années, l'aéroport a fermé quatre fois.
Pour la piste, Castelli observe que les constructeurs se sont orientés vers une certaine standardisation, en laissant de côté les appareils de l'aviation régionale. Avec l'innovation technologique, toutefois, ce segment semble revenir. Des avions capables d'atterrir sur des pistes plus courtes arrivent sur le marché, si bien que la longueur de la piste ne serait plus un facteur déterminant.
La piste reste un facteur, mais il existe d'autres obstacles, comme la région montagneuse. S'y ajoute la proximité de Malpensa : depuis Lugano, 30 secondes après le décollage, on entre dans l'espace aérien italien, ce qui impose une coordination.
Entre 2018 et 2019, l'aéroport perd ses vols de ligne. Une compagnie prête à relier Lugano et Genève fait faillite à la veille de l'inauguration. Adria Airways, qui exploitait la liaison avec Zurich pour Swiss, suspend ses vols et ne reprend plus jamais son activité. Swiss conseille alors aux clients tessinois de prendre le train.
En 2020, en pleine pandémie, la société ASA est mise en liquidation et l'aéroport passe sous le contrôle direct de la Municipalité et du canton. La même année, la Municipalité lance un call of interest international pour trouver des partenaires privés prêts à investir dans des hangars et un nouveau terminal. Le processus s'enlise en 2023, d'une part parce que l'aéroport tient financièrement seul, d'autre part en raison de recours déposés par certains candidats.
Les dernières décisions fédérales pourraient toutefois changer la donne. Le Conseil des États a approuvé la possibilité pour des compagnies aériennes étrangères d'effectuer des vols intérieurs en Suisse, une décision qui attend le feu vert du Conseil national. Si elle est confirmée, les liaisons de ligne ne seront plus réservées aux seules compagnies suisses. Pour la première fois depuis l'effondrement des vols de ligne, la liaison Lugano-Genève pourrait intéresser des opérateurs étrangers.
Restent cependant ouvertes des questions financières. Quels investissements seront proposés, combien coûteront-ils et qui les financera ? Un partenariat public-privé devra préciser comment se répartissent les risques et les coûts. Toute nouvelle dépense devra être évaluée avec soin.
Commentaires
Il n'y a pas encore de commentaires. Votre voix peut être la première.
